BAVA PÈRE ET FILS : HISTOIRE(S) DU CINÉMA BIS ITALIEN

PAR OLIVIER PÈRE
Né en 1944 à Rome, Lamberto Bava est le fils du grand chef-opérateur et cinéaste Mario Bava (1914-1980). Il devient l’assistant-réalisateur attitré de son père sur tous ses films à partir de La Planète des vampires (1964). Une étroite collaboration artistique a donc lié le père et le fils pendant plus de dix ans, Lamberto apprenant les ficelles du métier au contact de Mario, roué aux petits budgets, aux tournages rapides et maître en solutions photographiques et idées de mise en scène géniales. Les deux derniers films de Mario Bava, Les Démons de la nuit en 1977 (pour le cinéma) et La Vénus d’Ille en 1981 (d’après Mérimée, pour la télévision) sont presque des œuvres réalisées à quatre mains : Lamberto a co-écrit Les Démons de la nuit et tourné plusieurs scènes sans être crédité au générique tandis que La Vénus d’Ille est signée par les deux hommes. Les Démons de la nuit, chef-d’œuvre à redécouvrir et magnifique film de vieillesse, propose une modernisation des thèmes fantastiques et des effets visuels chers à Mario Bava, avec l’irruption d’une réalité malsaine et problématique (la drogue, le divorce), d’une esthétique plus concrète et un traitement de l’hystérie féminine qui annonce le premier film réalisé seul par Lamberto Bava trois ans plus tard, Baiser macabre. Cette incursion monstrueuse dans le cinéma d’horreur, point de non-retour des huis-clos morbides du bis transalpin, s’inspire d’un fait-divers nécrophile pour explorer l’esprit dérangé d’une femme qui prolonge au-delà de la mort et de la raison sa liaison avec son amant. Le premier film de Lamberto Bava est placé sous la double influence de son père Mario et de son co-scénariste Pupi Avati (La Maison aux fenêtres qui rient). On baigne en pleine putréfaction mentale et physique et Lamberto Bava procède à une surenchère dans l’horreur, la folie et la cruauté. Victime de la crise du cinéma italien et du déclin des productions fantastiques, Lamberto Bava ne tiendra pas tout à fait les promesses de ce stupéfiant baiser macabre en orientant sa carrière vers des commandes plus commerciales qu’il signera souvent John Old Junior, clin d’œil au pseudonyme de son père dans les années 60.
 
Blastfighter (1984) est un excellent film d’action tourné dans les montagnes qui lorgne sur le succès de Rambo. Il réalise la même année Apocalypse dans l’océan rouge, un film de monstre aquatique touchant de ringardise. La casa con la scala nel buio (La Maison de la terreur, 1983) et Morrirai a mezzanotte (Midnight Horror, 1986) sont deux petits « gialli » inspirés par les films de son père (maître du genre depuis La Fille qui en savait trop et Six Femmes pour l’assassin) et surtout ceux de Dario Argento, ami de Lamberto qui a relancé la mode du thriller horrifique italien en 1982 avec Ténèbres.
 
Lamberto Bava s’associe à Dario Argento producteur et réalise pour lui les deux Démons (1985 et 1986), qui affichent l’ambition de rivaliser avec la série des Evil Dead de Sam Raimi. Ce diptyque fantastique à effets spéciaux, véritables spectacles son et lumière saturés de musique rock et de scènes-chocs marque le chant du cygne du cinéma bis transalpin. Bien que très distrayants, il fut vilipendé par la critique spécialisée alléchée par l’association de ces deux noms fameux du fantastique et qui s’attendait à des débordements opératiques dans la lignée de Suspiria et Inferno. Les deux Démons constituent en fait les versions dégradées et effrontément vulgaires des histoires de sorcières d’Argento. Ils remportèrent cependant un gros succès dans leur pays et en vidéo et Robert Rodriguez et Quentin Tarantino rendront hommage à Démons 1 et 2 dans Une nuit en enfer, pastichant leur esthétique criarde et leur scénario basique (un groupe humain assiégé et contaminé par des créatures monstrueuses.) Lamberto Bava réalisera ensuite plusieurs films d’horreur destinés à la télévision, et restera à la fin des années 80 le dernier artisan du cinéma de genre, avec Michele Soavi (Bloody Bird). Le foto di Gioia (Delirium, 1987) ou Body Puzzle (Misteria, 1991), dans la tradition des films de Lenzi ou Martino, sont des thrillers alambiqués qui brodent autour des motifs immuables inventés par Mario Bava, interprétés par des vétérans du cinéma bis (Erika Blanc, George Eastman, Gianni Garko, Daria Nicolodi) ou les nouvelles vedettes du cinéma de genre italien (Tomas Arana, David Brandon). En 1989, il commet l’imprudence de réaliser un « remake » en couleur du classique inaugural de son père, Le Masque du démon (1960). Cette entreprise périlleuse se soldera par un échec prévisible. Lamberto Bava est aujourd’hui un des réalisateurs les plus côtés de la télévision italienne, et met en scène des min-séries et des feuilletons très populaires, parfois d’inspiration fantastique, comme le conte de fées Fantaghirò (1991-1996) téléfilm-fleuve qui bénéficia d’un budget conséquent et d’une pléiade de « guest stars » européennes, et révéla Alessandra Martinés dans le rôle-titre.
 
Dans les années 70, Lamberto Bava a aussi été l’assistant régulier de Ruggero Deodato (notamment sur Cannibal Holocaust) et de Dario Argento (sur Inferno et Ténèbres). Il a participé en 2002 à la restauration et à la finition de Cani arrabiati, un film policier de son père invisible depuis son tournage interrompu en 1974.
 
Mario Bava et Lamberto Bava demeurent deux figures emblématiques du cinéma fantastique italien. Le père symbolise son âge d’or, avec des titres devenus au fil des ans des classiques, le fils sa décadence, les ultimes soubresauts d’une production de série B rendue caduque par les programmes télévisés et le cinéma américain, avec cependant des films à réévaluer, comme Baiser macabre ou Blastfighter, plus une poignée de titres extravagants, objets de culte pervers pour certains cinéphiles du monde entier.
 

 
 
La planète des vampires
 

Baiser macabre
 

Blastfighter
 

Démon
 


 

 

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