INTERVIEW HORS-CIRCUITS
Interview publiée sur le site Objectif cinéma >par ici
 
Par Emilie PADELLEC
 

L’adresse est toujours la même : 4 rue de Nemours.
A deux pas de République. La devanture est toujours de ce bleu clair rappelant les ciels d’été. Du lundi au samedi, de 12H30 à 20H30, les loupiotes jaunes de la vitrine font quant à elles de l’œil au quidam passant dans cette rue étroite où se côtoient hôtel pittoresque et boutique vintage. Nombre d’habitants du quartier Oberkampf et de cinéphiles parisiens connaissent déjà ce sanctuaire du film introuvable, collector ou tout simplement culte.
En mars 2004, l’équipe d’Objectif Cinéma avait d’ailleurs fait la connaissance des deux créatrices du lieu. Trois ans plus tard, Stéphanie Heuze, désormais seule maîtresse à bord, nous rouvre ses portes, plus déterminée que jamais à mener Hors-Circuits hors des sentiers traditionnels de l’édition DVD.

 
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Objectif Cinéma : En trois ans, quelle évolution avez-vous voulu donner à Hors Circuits ?
 
Stéphanie HEUZE : Suite au départ de Frédérique, Patrice est arrivé me prêter main forte. Lui-même est distributeur dans les milieux alternatifs. Il a alors apporté ses propres spécificités, notamment le cinéma asiatique et aussi de ce qu’on pourrait appeler les « cultes introuvables ». Nous sommes restés dans une politique d’importation de DVD à prix abordable. L’une de nos activités fétiches est restée la recherche de films pour des particuliers mais aussi les institutionnels comme la BNF ou le Centre Pompidou qui sollicitent notre aide pour certaines de leurs opérations. Dans ces moments-là, se replonger dans des cinématographies complètes est fascinant. Notre savoir évolue constamment : au-delà de nos services de prêt et de recherche de films, nous sommes toujours ouverts à la cinéphilie de nos clients.
 
Objectif Cinéma : Qu’avez-vous développé d’autre ?
 
Stéphanie HEUZE : Nous avons poursuivi l’organisation de rencontres dans nos murs. En général, ce sont des moments très conviviaux, avec des projections d’extraits ou de films intégraux et des échanges entre le public et les invités. Cette année, nous avons notamment accueilli Jean-Claude Brisseau. Le 4 juillet, nous recevrons Jean Rollin à l’occasion de la sortie de La nuit des horloges, son dernier long métrage, en compagnie de Jean-Pierre Bouyxou et de Stéphane du Mesnildot (auteur d’un ouvrage sur Jess Franco).
Hors-circuits s’est également ouvert à la vente de films, alors que l’activité du vidéoclub proprement dite a un peu baissé ; en même temps, rien ne vaudra jamais un film en salle…
 
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Objectif Cinéma : Comment sélectionnez-vous les films de votre catalogue ?
 
Stéphanie HEUZE : En fait, c’est le développement progressif de nos relations avec les éditeurs indépendants qui nous a permis de mieux défendre les films peu représentés ou quasi absents du circuit des grandes enseignes. Louer ou vendre des films dits d’auteur reste notre crédo, toutes géographies confondues. Nous sommes vraiment dans une logique de passeurs entre les éditeurs et le public. Nous mettons donc en avant les films que nous voulons soutenir tout en étant là pour répondre aux demandes qui nous parviennent. D’ailleurs, il nous arrive très fréquemment de faire des envois de DVD vers la province.
 
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Objectif Cinéma : Des nouveaux projets à venir ?
 
Stéphanie HEUZE : Tout à fait, un en particulier... Celui-ci est d’ailleurs en lien avec notre réflexion sur la meilleure façon d’optimiser notre rôle de passeurs. Dans cette optique, nous co-organisons les 1er et 2 mars 2008 une manifestation dédiée aux éditions cinématographiques indépendantes : « Cinémas hors circuits ».
Elle se déroulera au Point Ephémère, à Paris. Si l’avenir du cinéma repose en partie sur le support DVD, il s’agit définitivement de soutenir la découverte de films (qu’ils soient contemporains ou appartenant au patrimoine) qui sont absents des circuits habituels de distribution, et du même coup d’aider le développement des entreprises parallèles. Lors de ce week-end, nous mettrons en place différents débats sur les moyens d’éditer en petite série, par exemple, ou sur la différence entre des DVD à 2€ et à 25€. Une autre question importante pourra être la présence systématique sur les DVD de pistes pour malentendants. Une journée interprofessionnelle se penchera sur les difficultés de distribution des éditeurs indépendants et sur le statut du DVD en tant que produit culturel, comparé au livre par exemple qui bénéficie lui d’une TVA à 5.5% et d’un prix fixe.
A la rentrée, nous espérons proposer une boutique en ligne du meilleur de l’édition DVD. Tout cela demande énormément de travail !
 
Objectif Cinéma : Quel type de public fréquente Hors-Circuits ?
 
Stéphanie HEUZE : D’une manière générale, les gens savent plus ou moins qu’ils trouveront chez nous ce que l’on ne trouve pas ailleurs. Notre public est varié, du quartier, mais aussi des cinéphiles très pointus, voire « activistes », qui sont à la recherche de nouveauté ou de raretés précises.
 
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Objectif Cinéma : Comment travaillez-vous à vous rendre visible ?
 
Stéphanie HEUZE : Il nous arrive fréquemment de tenir un stand lors de manifestations publiques type festivals de films, mais aussi concerts ou colloques. Nous étions par exemple présents au "Salon du Livre Libertaire" et au "Festival Fantastique du Film de Bruxelles". Ce sont là de bonnes occasions d’accroître notre visibilité, de partager notre passion, d’accompagner les films.
 
Objectif Cinéma : Avez-vous une ligne de conduite particulière ?
 
Stéphanie HEUZE : Je dirai que nous nous refusons de croire en l’idée d’un cinéma élitiste ou fait pour les élites. C’est peut-être la raison pour laquelle nous avons opté pour un classement géographique, et non par genres... Sincèrement, il n’y a pas pour nous de cinéma supérieur à un autre, et encore moins de films réservés à un public. Toute découverte peut s’avérer magique pour n’importe qui. Regardez les films de Man Ray !
Il nous plait aussi d’encourager les gens à s’ouvrir à des cinématographies peu connues ; il reste par exemple beaucoup d’a priori en ce qui concerne les cinémas africains. En un mot, on aime décomplexer. Cela vaut autant pour un jeune de 16 ans que pour quelqu’un qui aurait toujours été complexé de ne pas connaître Fellini. Il suffit de parler de manière simple puis d’amener nos clients là où ils ont envie d’aller, sans forcément le savoir. Louer un film n’est pas risqué : pour 3 ou 4 euros, tout à chacun peut faire une découverte qui le marquera.
 
Objectif Cinéma : Parmi votre catalogue, quels films voudriez-vous justement faire découvrir aujourd’hui aux lecteurs d’Objectif Cinéma ?
 
Stéphanie HEUZE : Il y en aurait beaucoup... En ce moment, nous avons beaucoup de nouveautés à la location au rayon cinéma hispanique, comme Batalla en el cielo de Carlos Reygadas (2004), La niña santa de Lucrecia Martel (2004), ou encore le premier long métrage de Julio Medem, Vacas (1991), et La cérémonie sanglante de Jorge Grau (1972).
Je conseillerai également Le Moine (1972), un film post- surréaliste rare d’Ado Kirou scénarisé par Luis Buñuel.
A ne pas manquer non plus, l’explosif et poétique Naked Blood du japonais Hisayasu Sato.
Dans un tout autre genre, Les sans espoir témoigne du talent de Miklos Jancsó, l’un des chefs de file du cinéma hongrois des années 60 70.
A la location et à la vente, nous avons aussi le Medea de Lars Von Trier réalisé d’après un scénario de C.T Dreyer, jamais sorti en salle, ou encore Women in revolt de Paul Morrissey.
Parmi nos coups de cœur récents, je recommenderai enfin le documentaire de création No Maps for these Territories de Mark Neale portant sur l’auteur de science-fiction William Gibson. Ce film est d’ailleurs distribué par Lowave, un label et éditeur de DVD indépendants que nous suivons de près.
 
 
 
 
 
 
 

 

 
HORS-CIRCUITS,
4 rue de Nemours, 75011 Paris
(métro Parmentier ou Oberkampf)
Tél : 01 48 06 32 43
E-mail : info@horscircuits.com
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 

 

 
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